Pour bien cerner les deux vérités
Pour bien cerner les deux vérités
par Chögyal Pakpa Lodrö Gyaltsen
Hommage à Mañjuśrī le Juvénile ![1]
Je m’incline devant celui qui enseigne aux êtres
Avec tendresse, ayant parfaitement intégré
Le sens conventionnel et le sens ultime
De ce qui apparaît et de ce qui est.
L’expression « tous les phénomènes »
Fait référence à ces cinq agrégats.
Puisqu’ils apparaissent, se désintègrent et sont occasionnels,
Ils ne sont pas inexistants, permanents, ou sans cause.
Ainsi, puisqu’ils sont produits en dépendance
De causes et de conditions,
Ils relèvent de la coproduction conditionnée.
Ils sont conventionnels, puisqu’ils ne résistent pas à l’examen.
Puisqu’ils apparaissent comme efficaces [ou fonctionnels]
À l’esprit qui n’examine pas les choses, ils sont vrais.
Quand on les analyse en termes d’espace et de temps,
Il s’avère qu’ils ne sont pas singuliers.
Mais ils ne sont pas non plus multiples, puisque leurs composantes n’existent pas.
Par conséquent, ils ne sont pas inexistants.
Puisque ce serait contradictoire, ils ne sont pas l’un et l’autre.
Et en l’absence de preuve, ils ne sont pas non plus ni l’un, ni l’autre ; ainsi, quand on les examine, [on voit qu’]ils ne « demeurent » pas.
Cela même, c’est leur nature propre ;
C’est le sens ultime, puisqu’il est irréfutable.
C’est la vérité, puisqu’elle ne trompe pas.
Ainsi, ayant distingué ces deux vérités,
Cet enseignement sur la non-dualité
Est l’essence de ce que le Sage a communiqué.
Tous les phénomènes devraient être analysés de cette façon.
Lodrö Gyaltsen Pal[2] a composé ce texte
À l’insistance de Lodrö Pal[3],
Qui aspire sincèrement au sens profond.
Puissent les êtres en comprendre la signification !
Écrit pendant le jour, le 14e du dernier mois de l’été, en l’an de la Truie d’Eau[4], à Khai P’ing Hour[5].
| Traduit en français par Vincent Thibault (2025) sur la base de la traduction anglaise de Lopön Sonam Jamtsho (2024).
Bibliographie
Sa chen Kun dga’ snying po and others. Sa skya bka’ ’bum, Dehra Dun: Sakya College, 1992, Vol. 15: 425.
Version : 1.0-20250331
-
En sanskrit : Mañjuśrī Kumāra-bhūta. ↩
-
Il s’agit du nom personnel de Phakpa (1235–1280), l’auteur. ↩
-
On n’en sait guère plus sur cette personne qui a demandé ce court texte. ↩
-
Cela correspond au dernier des trois mois d’été de l’an 1263. ↩
-
Un collègue (du traducteur vers l’anglais) a suggéré que cet endroit pourrait être Cambaluc (ou Khanbalyk), qui était la capitale d’hiver de la dynastie Yuan dirigée par les Mongols, et qui se trouve dans ce qu’on appelle aujourd’hui Pékin. ↩