Namo Mañjushriye!
Une fois bien entraîné à l’analyse[i],
Et que s’est développé
le point vital de la certitude
Quant à la façon d’être
des individus, c’est-à-dire sans identité,
Pensez alors que de la même façon
que ce qu’on appelle « moi » n’est qu’un nom donné
Sur la base des agrégats, une
imputation conceptuelle qui n’a pas été examinée,
Tous les phénomènes -les cinq
agrégats et les ‘incomposés’-
Ne sont que des imputations conceptuelles
et inexaminées
Comme étant « ceci »
ou « cela ».
Bien que nous appréhendions tous
ces phénomènes divers et variés,
Si nous cherchons l’objet
imputé, nous ne le trouvons pas.
Même l’existence des phénomènes
les plus subtils,
Les particules et les instants
élémentaires, ne peut être établie.
Ils n’apparaissent que
par la force des origines interdépendantes.
Les choses naissent interdépendament,
Les ‘non-choses’
sont imputées sur la base des choses.
Qu’il s’agisse d’une
chose ou d’une non-chose,
Quel que soit ce qui est appréhendé
sans examen,
Quand examiné et analysé il se
révèle
Comme sans base ou racine,
Quelque chose qui n’existe
pas mais apparaît, comme une illusion ou un rêve,
Le reflet de la lune dans l’eau,
un écho ou un village de Gandharvas,
Une hallucination ou un mirage,
etc.
Vide mais apparaissant, apparaissant
mais vide.
Méditez sur la manière d’illusion
des apparences vides.
Il s’agit ici de l’absolu
nominal,
La sagesse qui voit en après-méditation
cette manière illusoire.
La connaissance sûre et définitive
de l’esprit qui le réalise
Est immaculée,
Mais n’est pas libre d’objet
appréhendé,
Et les caractéristiques de l’esprit
qui appréhende ne sont pas non plus détruites.
Comme elle n’est pas au-delà
de la conceptualisation,
Elle ne voit pas la dharmata
libre d’élaboration conceptuelle.
Lorsque cette connaissance définitive
se fait jour,
Bien que même appréhender comme
simple illusion
Soit une imputation de l’esprit
conceptuel, donc saisie,
Ce qui est appréhendé étant sans
essence,
Et l’esprit qui appréhende
ne pouvant également être trouvé,
On en vient à se déposer dans
l’état de détente naturelle sans saisie.
À ce moment-là, toutes les apparences
Intérieures et extérieures n’ont
pas cessé,
Bien que dans cette nature fondamentale
sans saisie,
Aucune imputation de quelque
phénomène que ce soit
Ne se soit jamais élevée ni n’ait
jamais cessé.
Donc libre d’objet appréhendé
et de sujet qui appréhende
On se dépose dans l’espace
fondamental de l’égalité,
Au-delà de toute assertion quant
à son existence ou sa non-existence,
Inexprimable repos naturel
Qui s’élève comme une expérience
libre du moindre doute.
Il s’agit de la dharmata
de tous les dharmas, la nature de tous les phénomènes,
L’absolu non-nominal,
Qui ne peut être connu que par
soi-même,
La sagesse primordiale sans concept
de l’équilibre méditatif.
Se familiariser avec cet état
Dans lequel vacuité et interdépendance
sont unies indissolublement,
La nature fondamentale où les
deux vérités sont indivisibles,
Est le yoga du Grand Madhyamika.
Ceux qui souhaitent rapidement
Voir se manifester la sagesse
primordiale
Au-delà du domaine de l’esprit
ordinaire
Devraient méditer avec les instructions
essentielles (mé ngak) des Mantras Secrets.
Comme il s’agit du profond
point essentiel ultime
Des étapes de la méditation du
Madhyamika,
Commencez par purifier votre
comportement
Puis progressivement arrivez
par l’expérience à la certitude.
En étant confiant que les apparences
vides sont illusoires par nature,
Rien n’est à éliminer ou
à établir sur le chemin,
Et vous trouvez complète mibération
dans la grande égalité
De l’espace fondamental
de la paramita de la sagesse (prajñaparamita).
Savoir qu’il y a de l’eau
N’étanche pas la soif,
Car pour cela il faut boire.
Les soutras
Disent qu’il en est de
même de la compréhension et de l’expérience.
C’est pourquoi quelqu’un
qui n’a qu’une aride connaissance théorique
Fatigué par toutes sortes de
raisonnements et idées,
N’a pas besoin de pratique
sporadique mais bien de méditer progressivement par étapes,
Pour pouvoir rapidement être
capable de supporter le sens profond.
Jampel Gyépé Dorjé
Le vingt-neuvième jour du onzième
mois du Dragon d’Eau (1892)
A écrit ce qui lui venait à l’esprit.
Puissent ces lignes mener
Tous les êtres à réaliser le
profond sens médian.
Mangalam !
Traduit
par Gyurmé en septembre 2005